Quelques mots d'histoire

Texte écrit par Christophe Penin, Professeur d'histoire

Loubère - La Lobeyra - Lalobere... Repaire de loup

Aucun tumulus protohistorique ni aucun habitat aquitano-romain n'ont jusqu'ici été trouvés sur le territoire de la commune de Laloubère. Il n'y a pas non plus de toponymes d'origine romaine. Les archives prouvent que, contrairement à une idée répandue, le village ne s'est jamais appelé Laloupbatère. Elles font mention de « La Lobeyra » à la fin du XIIe siècle, « La Lobere » en 1285, « Lalobera » en 1313 et 1429... Ces mots écrits en occitan se prononcent La Loubère. Ce toponyme se traduit par repaire de loups. Mais signifie-t-il qu'il y avait des animaux sauvages ou des hommes dangereux ?

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Le château du Moyen-Âge se trouvait à 100 mètres à l'ouest de l'actuel. Une tour en bois devait s'élever sur la motte encore visible. Elle est toujours ceinturée par un fossé en eau, lui-même entouré par des talus qui devaient supporter une palissade. Les tessons de poterie retrouvés et l'histoire régionale incitent à dater sa construction du XIe ou plus probablement du XIIe siècle. Ni le château ni le village ne devaient être bien importants en 1285 car « La Lobere » est simplement citée en tant que lieu parmi d'autres dans la « Montre de Bigorre » faite aux officiers du roi d'Angleterre. En 1313, le damoiseau Auger de « Lalobera », vassal du comte de Bigorre, en était le seigneur. Il était le seul à pouvoir exiger des Laloubériens qu'ils apportassent une aide militaire au comte. Ce dernier se réservait l'exercice de la haute justice, c'est-à-dire les causes graves. Il est difficile de quantifier les habitants à cette date car les archives ne mentionnent que les chefs de famille qui payaient des redevances au comte. On peut estimer qu'il y avait moins de dix familles soit moins de cinquante habitants.

La paroisse Saint-Étienne de Laloubère (« Sanctus Stephanus de Luperia » dans les textes en latin) était encore habitée en 1342. Mais, en raison de la crise démographique européenne de la seconde moitié du XIVe siècle liée à la peste, le lieu était déserté en 1379 et certainement en 1429 car « La Lobera » n'est mentionnée qu'en tant que limite des communautés voisines.

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Combien de temps le village est-il resté désert ? Des textes du XVIe siècle prouvent que Laloubère était à nouveau habité dès 1530. Une maison rue de l'Agriculture est datée de 1575. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, le centre du village était la place de la « vesiau » c'est-à-dire de l'assemblée des chefs de famille, le long de la route de Tarbes.

 

En 1569, lors des Guerres de religion, les troupes protestantes du comte de Montgomery traversèrent Laloubère qu'elles ont dû ravager comme elles le firent à Horgues et à Odos. La compagnie de chevaux-légers du vicomte de Larboust, catholique, s'installa à Laloubère durant le siège de Tarbes en 1574. De 1592 à 1594, Tarbes fut occupée par les troupes de la Sainte Ligue catholique du capitaine Étienne de Castelnau, seigneur de Laloubère. Avait-il une résidence au village ? En 1757, Messire de Palarin vendit la seigneurie de Laloubère à la famille de Palaminy. La majeure partie de la structure de l'actuel château est datable par son architecture classique des XVIIe et XVIIIe siècles mais la bâtisse fut mise au goût du jour dans la première moitié du XIXe siècle.

 

Près du château et de la place de la « vesiau », se trouve l'ancienne église de Laloubère. Elle a été maintes fois remaniée. Son clocher-mur, typique des églises de Bigorre pourrait dater de la fin du Moyen-Âge. Les deux chapelles latérales réservées aux confréries et le chevet plat que l'église avait au XVIIIe siècle, ont disparu.

Un emplacement (encore appelé à Odos « hossa », fosse) était réservé à chaque famille, où ses membres s'asseyaient pendant la messe et étaient in fine enterrés dessous. Les paroissiens allaient en pèlerinage à Piétat en traversant l'Adour à gué sur des chariots. La paroisse était une annexe de la cure d'Odos et elle était desservie par un vicaire. À la fin du XVIIIe siècle, il était très peu payé et officiait dans une église dont la charpente était vermoulue. Ce bâtiment était inondé plusieurs fois par an car Laloubère était très marécageux comme l'indiquent les toponymes « grave, graouette, mouras » (lieu marécageux), « laque » (mare), « bernata » (aulnaie). Les vieilles maisons sont bâties sur des élévations du terrain (« pujolle ») bordées de fossés drainants.

Laloubère passa de 72 familles en 1695, soit environ 300 personnes, à 633 habitants vers 1793, 702 en 1806 et 1050 en 1856. Cette évolution correspond à l'augmentation de la population enregistrée en Europe de l'ouest depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L'église devenue trop petite et son état de vétusté qui obligeait à de nombreuses réparations dans la première partie du XIXe siècle, firent qu'en 1852, il fut décidé d'en construire une autre dans le nouveau centre du village.

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En 1789, le cahier des doléances des Laloubériens réclamait surtout l'égalité devant la loi comme partout en France mais il demandait en plus la suppression des « inutiles et coûteux » haras, financés par un impôt. Pendant la Révolution française, le village de Laloubère connut quelques moments mouvementés. Ainsi, en 1791, la grande majorité des Laloubériens soutint le prêtre condamné par la loi révolutionnaire car il refusait, pour des raisons religieuses et non politiques, de prêter la totalité du serment demandé par la loi sur le nouveau statut du clergé. Ce problème de conscience eut des conséquences politiques en provoquant des contestations de la loi et des tensions entre Laloubériens qui s'insultèrent et se menacèrent. La même année le village servit de cadre à une attaque menée par les bergers de Bénac contre la police ! En 1793, la mère-supérieure de l'hôpital de Tarbes, suspecte aux yeux des révolutionnaires de la Terreur, se cacha dans le bois de Laloubère où elle fut arrêtée. À la même époque, deux Laloubériens furent inscrits sur la liste des suspects contre-révolutionnaires puis mis en réclusion.

La suppression des haras en 1790 ne fit rien pour limiter la dégénérescence de la race chevaline locale, bien au contraire. Mais depuis la réouverture du dépôt d'étalons à Tarbes en 1806, les croisements permirent d'améliorer grandement cette race. Ceci explique qu'au XIXe siècle, l'élevage des poulinières qui fournissaient des chevaux pour l'armée par exemple, rapportait bien aux éleveurs laloubériens. L'hippodrome fut aménagé sur la lande communale de la Puyolle et inauguré en 1809. Les courses hippiques attiraient beaucoup de monde des environs plus des curistes l'été dont la fille de Louis XVI en 1823 et deux des fils du roi Louis-Philippe en 1839. Les prix à gagner aux courses stimulaient l'élevage des chevaux de qualité. Les éleveurs du village profitaient des courses pour les vendre. Les Laloubériens, qui étaient surnommés « los lobatèrs », devinrent aussi « los corsièrs ». Le maïs, les haricots et surtout les légumes ainsi que le lait vendus quotidiennement à Tarbes enrichissaient les agriculteurs. En 1856, outre les trois-quarts d'actifs vivant de l'agriculture, Laloubère comptait treize tisserands et vingt-cinq autres artisans divers et commerçants. Vers la fin du XIXe siècle, en raison du développement de l'industrie, du commerce et du déficit de logements à bas prix à Tarbes, de nombreux travailleurs vinrent coucher à Laloubère. Ceci limita pour ce village la dépopulation qui frappait le département.

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L'aménagement de la place de Lagrave

En 1783, l'instituteur, essentiellement payé par les parents d'élèves, faisait classe chez lui. Il enseignait à quarante enfants dont des filles de douze ans maximum. Les instituteurs continuèrent à faire cours chez eux jusqu'en 1861, date à laquelle la municipalité acheta une maison (à l'emplacement de l'actuelle école maternelle). Une école privée, dotée par la famille de Palaminy, ouvrit en 1850. Elle était tenue par les Filles de la Croix qui, au départ, n'enseignaient qu'aux filles.

Une maison commune existait sous la Révolution mais, de la période napoléonienne à 1861, le conseil municipal  se réunissait généralement chez le maire. L'actuelle mairie-école date de 1890. Comme la nouvelle église, la mairie fut construite en bordure de la route de Tarbes, sur un terrain communal marécageux (« la grava ») qui ne servait que de pacage commun. Il fallut y faire des travaux de drainage et d'assainissement.

En 1889, le conseil municipal de Laloubère autorisa la ville de Tarbes à pratiquer des sondages pour rechercher de l'eau potable dans la lande communale située au sud de l'hippodrome puis au sud de la place de Lagrave. Deux galeries captantes formant un Y se rejoignent dans un collecteur. De là, l'eau se déverse dans un réservoir d'un million de litres toujours visible à l'angle sud-ouest de la place. Les galeries ne captant pas assez d'eau pour alimenter Tarbes entre octobre et février, il fut décidé en 1927 de creuser un puits maçonné équipé d'une moto-pompe. Le lavoir public fut bâti sur la place en 1901. Les travaux de construction du monument aux morts furent réalisés en 1921. Des bornes en pierre en forme d'obus délimitent un espace voué au culte des morts afin de le sacraliser. Le monument est simple. L'obélisque porte des ornements en bronze fondu : une croix de guerre 1914-1918 surmontée d'un rameau de laurier à la fois palme funéraire et symbole de victoire. Sur le piédestal figurent les noms de dix-sept personnes ayant habité à Laloubère, décédée sous statut militaire durant la Première Guerre mondiale. Treize des quatorze morts au combat servaient dans l'infanterie.

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La nouvelle église fut édifiée entre 1858 et 1864 dans le style néo-gothique. Celui-ci est une reprise, au XIXe siècle, de l'art gothique du Moyen-Âge. Plusieurs églises ( Bernac-Dessus, Bordères...) dessinées par l'architecte départemental Jean-Jacques Latour sont de style néo-gothique. En pénétrant dans la nef, nous sommes frappés par le volume de l'édifice (environ 4200 m3), par la hauteur de la voûte ( ≅ 12 m.). La difficulté technique, résolue par l'art gothique, est d'éviter que les murs latéraux ne s'écartent sous le poids de la voûte en brique tubulaire. À cet effet, les forces qui s'exercent sont canalisées par les arcs en forme d'ogives qui se croisent, permettant ainsi de répartir la poussée de la voûte sur quatre gros piliers d'angle, eux-mêmes soutenus par des contreforts à l'extérieur. De plus, le plan de la nef à travées rectangulaires et non carrées, permet de rapprocher les piliers, ce qui réduit la charge qu'ils supportent. La poussée de la voûte ne s'exerce pas sur les murs qui peuvent donc être percés de grandes verrières. Vu la situation du terrain, ouvert à l'est sur la route, le chevet de l'église ne fut pas orienté, ce qui était assez rare à l'époque. Les dimensions de l'édifice (≅ 38 × 14.2 m.) sont importantes. La flèche culmine à plus de 37 mètres. Cette église est dédicacée à saint Étienne, patron de la paroisse. Ce diacre, tué par lapidation, est considéré comme le premier martyr de l'histoire chrétienne. Il est représenté sur le vitrail à droite de l'abside. Il est vêtu de la dalmatique rouge car il a versé son sang pour le Christ et il tient une palme, symbole du martyr. Sur le vitrail du centre, le Christ-roi est surmonté de l'étoile de David qui contient le tétragramme écrit en hébreu, c'est-à-dire les quatre consonnes nommant Dieu YHWH. Le registre inférieur montre Jésus enseignant aux sept docteurs de la Loi dans le Temple de Jérusalem : le christianisme est issu du judaïsme. Dans le vitrail de gauche, la femme de l'Apocalypse représente Marie et l'Église finissant par triompher des persécutions des polythéistes. La hiérarchie de l'Église catholique est d'ailleurs représentée au-dessous. Sur le vitrail qui surmonte la tribune, le triangle équilatéral, symbolisant la Sainte Trinité, nimbe la tête d'un Dieu le Père qui écarte les bras pour accueillir. Au-dessous, les armes du pape Pie IX et de Mgr Laurence, l'évêque qui consacra cette église. Les armoiries du comte de Bigorre et celles de la famille de Palaminy ornent les vitraux de la chapelle latérale consacrée au Sacré-Cœur de Jésus.

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Monographie de Laloubère (source : Amicale des Bigourdans de Paris)

Cette monographie a été élaborée en 1887 par l'instituteur de Laloubère.

Ce travail a été demandé à tous les instituteurs de France. Ces monographies peuvent être consultées aux archives départementales.